L’arrivée de l’IESEG, école lilloise post-bac, dans le top 10 de notre classement concentre l’animosité des internautes qui nous font parvenir des messages par dizaines sur ce blog ou sur nos sites.
Des directeurs d’écoles m’ont fait savoir aussi qu’il était selon eux « impossible » qu’une école comme l’IESEG parvienne à obtenir 157 étoiles CNRS en moins de deux ans.
Mais il n’y a pas d’erreur. L’IESEG est bien à sa place, au 8e rang ex-aequo … dans notre classement, du moins.
Il est très difficile de bousculer la hiérarchie implicite des grandes écoles de commerce dans l’esprit des élèves, des parents, des professeurs, et des diplômés. L’intérêt d’un classement annuel est bien de révéler les écoles qui émergent, au moins d’après certains critères.
L’arrivée de cette « petite école » dans le peloton de tête n’est d’ailleurs pas une source d’étonnement pour tout le monde. Pas pour ceux qui ont étudié nos classements des années précédentes. Elle occupait la 13e place il y a deux ans, la douzième l’an passé. Au prix d’un coup de collier, elle franchit encore une étape cette année.
Sur les 60 articles que ses enseignants ont signé dans des revues référencées par la section 37 du CNRS, un l’était dans la catégorie 1* (la plus prestigieuse, valant cinq étoiles dans notre tableau), neuf dans la catégorie suivante (valant quatre étoiles) (1). Seules trois autres écoles que nous classons ont réussi à placer des articles dans des revues de ces deux catégories.
L’histoire de l’IESEG (Institut d’économie scientifique et de gestion, de son nom complet) est singulière, et explique beaucoup de choses. Créé en 1964 par Michel Falise, économiste diplômé de Louvain et de Harvard, l’IESEG devait combiner la formation pratique qui avait cours dans les grandes écoles de commerce avec une forte orientation académique de tradition universitaire. L’objectif était de former des « économistes d’entreprise ». Une profession qui n’a jamais vraiment percé en entreprise, les diplômés de l’IESEG occupant finalement des fonctions plus classiques en management. Mais l’école a gardé de cet idéal un enseignement fortement axé sur l’économie, les méthodes quantitatives, l’économétrie, les maths, les statistiques. Elle s’est dotée d’un laboratoire de recherche, le LABORES, devenu équipe d’accueil du CNRS en 1985. Le LABORES a fusionné en 2006 avec le laboratoire de l’IAE de Lille, pour donner naissance à l’unité mixte de recherche appelée le LEM (Laboratoire d’économie et de management). Peu d’écoles de management peuvent se targuer d’avoir une telle tradition de recherche fondamentale.
Nous ne sommes d’ailleurs pas les seuls à avoir remarqué les bonnes performances en recherche de l’IESEG. L’Université du Connecticut l’a par exemple identifié comme l’un des meilleurs organismes de recherche français en économie et finance, au même titre que quatre autres écoles de management (EDHEC, INSEAD, HEC, ESSEC). Le rapport de l’AERES sur le LEM, en décembre 2008, souligne enfin à plusieurs reprises la qualité et le dynamisme des chercheurs de l’IESEG.
Le rang qu’occupe l’IESEG dans notre classement, notamment grâce à ses performances en recherche, n’est pas une lubie de notre part.
Maintenant, on peut nous reprocher d’utiliser des critères très académiques, laissant une place trop importante à la recherche. C’est un choix éditorial qui oriente fortement notre classement, et nous ne pouvons qu’encourager nos lecteurs à aller en consulter d’autres, qui ont des approches différentes et complémentaires.
Les autres écoles de management ne font pas « moins bien » pour autant. Sur d’autres indicateurs de notre palmarès, l’IESEG révèle encore des points faibles : au niveau des relations avec les entreprises par exemple. Elle n’a pas encore la notoriété des Parisiennes, ou des Ecricome. La petite école de la Catho de Lille a réalisé une performance cette année en entrant dans notre top 10, mais il lui reste à s’y maintenir.
(1) recherche-ieseg
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16 novembre 2009
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