Palmarès, le making of

Les coulisses des classements des grandes écoles par Géraldine Dauvergne et Sylvie Lecherbonnier

Les critères auxquels vous allez échapper (1): la formule qui ne marche pas

Data:1 octobre 2009

Géraldine Dauvergne

Le classement des écoles de commerce repose sur des critères désormais stables d’année en année, à quelques nuances près. Car nous tâchons d’affiner encore, et de suivre les évolutions du monde des grandes écoles.

Pour cela, nous “testons” de nouveaux critères susceptibles de remplacer ceux qui ne nous donnent plus satisfaction. De nouvelles pistes nous sont souvent suggérées par des directeurs d’écoles.

Le groupe de travail du Chapitre des écoles de management sur les classements, par exemple, nous a demandé de travailler sur des normes qui permettraient de rendre compte de la “qualité pédagogique”. Le groupe de travail nous a, pour ce faire, proposé une formule.

Ce nouveau critère consistait à calculer le ratio du nombre total d’heures dispensées dans l’année par les professeurs rapporté au nombre d’étudiants. Un ratio élevé devait indiquer une pédagogie démultipliée en petits groupes et/ou la diversité des cours proposés aux étudiants. Un ratio faible devait être l’indicateur d’une offre peu diversifiée.

Ce critère “faisait consensus entre les écoles”, nous assurait-on, et il prendrait tout son sens en étant décliné ensuite pour le face à face, pour le coaching, et l’enseignement à distance.

Nous avons donc collecté cette année, grâce à nos questionnaires, le nombre d’heures de cours produites par les enseignants et le nombre d’élèves dans chaque école de management participante. Et voici le classement que nous avons obtenu (sur ce seul critère, bien sûr) :

1 ESIEE Management 37,91
2 ESC Troyes 25,00
3 ADVANCIA 24,40
4 NEGOCIA 23,06
5 ESDES 20,14
6 ISC 18,71
7 ESC Lille 18,43
8 ESCE 15,61
9 ESC Reims 14,76
10 IESEG 14,57
11 ESG 13,96
12 ESC Chambéry 13,58
13 Grenoble école de management 12,66
14 Telecom école de Management 12,24
15 EM Strasbourg 12,18
16 ESC Rouen 11,88
17 EDC 11,24
18 EDHEC 10,96
19 INSEEC 10,76
20 CERAM 10,59
21 ESC Clermont 10,20
22 ESC Toulouse 10,19
23 HEC 10,04
24 ESC Rennes 9,78
25 ESC Dijon 9,69
26 ESSCA 9,47
27 Audencia 9,21
28 ESC Tours-Poitiers 8,58
29 BEM 8,42
30 EM Normandie 8,39
31 ESC Amiens Picardie 7,92
32 ESC La Rochelle 7,43
33 ESCP 7,19
34 ICN 6,99
35 ESC Saint Etienne 6,93
36 ESC Montpellier 6,05
37 Euromed Management 5,91
38 ESSEC 5,91
39 ESC Bretagne Brest 4,97
40 EM Lyon 4,76
41 ISG 2,94

Quand HEC se trouve dans le ventre mou et l’ESSEC tout en bas, ce n’est pas très bon signe.

Je pense d’ailleurs que l’enthousiasme des écoles instigatrices doit retomber bien vite à la vue d’un tel résultat.

Voilà donc l’une des nombreuses fausses bonnes idées que nous avons été amenés à tester.

Les “petites” écoles de commerce réclament davantage de ratios afin de ne plus être pénalisées, pensent-elles, par leur petite masse critique. Or tout rapporter au nombre d’étudiants n’est pas plus équitable. Les petits effectifs accentuent artificiellement les écarts dans les pourcentages et les rapports. Proposer dix cours différents par étudiant dans l’année, cela sera toujours plus méritoire pour une école de 1500 élèves que pour une autre dont les effectifs n’excèdent pas 450 étudiants - malgré un quotient équivalent.

De manière plus terre à terre, lorsqu’on entre dans un tableau une seule valeur absolue, le risque d’erreur, de mauvaise interprétation, ou de manipulation est limité à ce seul nombre. Dans un ratio, ce sont deux données potentiellement biaisées que l’on utilise au lieu d’une.

Sans doute faut-il enfin s’interroger sur la signification qu’on a voulu donner à ce critère, censé mesurer la qualité pédagogique. On peut la résumer ainsi : plus il y en a (des heures de cours), meilleur c’est. Ce qui est loin d’être évident, ce classement à rebrousse-poil le montre bien.

Quand les étudiants se voient proposer moins de cours, ce n’est pas forcément parce qu’ils se trouvent dans un programme de piètre qualité.

C’est aussi peut-être pour avoir le temps d’apprendre autrement, à travers des projets, des travaux de groupe, voire … du travail personnel à faire tout seul.

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2 commentaires

  1. Didier Develey a écrit le 5 octobre 2009 :

    Quelle bonne nouvelle ! la qualité pédagogique ne peut pas se mesurer par un ratio ! Des années de travail, des investissements, des échecs , beaucoup de constance permettent de progresser un peu. Comment peut on imaginer de réduire cela à une simple division ? N’est ce pas arrivé parce que la pédagogie est réduite à un critère parmi d’autres ? Curieux ! C’est pourtant le fondement même de toute institution qui prétend jouer un rôle dans le domaine éducatif.

  2. Géraldine Dauvergne a écrit le 5 octobre 2009 :

    Et une réponse de Denis Lapert, directeur de Telecom Ecole de Management, sur son blog : http://blog.educpros.fr/denislapert/.

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    Les classements de grandes écoles n’en finissent pas d’alimenter débats et polémiques. Des rumeurs parfois folles circulent, la désinformation est reine... Comment sont fabriqués nos rankings ? Quels sont nos petites victoires, nos coups de gueules, nos questions ? Nous avons décidé de lever un coin du voile. Bienvenue dans les coulisses des palmarès de L’Etudiant.
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